Rencontre avec Khris Burton

Mon 1er souvenir de lui remonte à mes années NRJ. Nous étions jeunes et frais. Ca fait déjà un sacré bout de temps malheureusement. A cette époque j’avais en face de moi, un jeune homme timide, ambitieux et arborant toujours un sourire discret. Treize ans après, il n’a pas changé. Il est juste devenu l’un des Antillais les plus connus dans le monde entier. Pas grand chose en soit… Je sais mon humour me perdra. Rencontre avec Mr Khris Burton, un visionnaire, un homme avec un cœur immense et profondément amoureux de la vie.

Nous débutons cette rencontre à l’Anse Céron, au Prêcheur en Martinique. Il vous faut un passeport pour y arriver (ok, j’arrête les blagues pourries). Il faut savoir que quand j’ai contacté Khris pour cette interview, je lui ai demandé de me faire découvrir un endroit qui comptait pour lui. C’est l’idée principale de « mes rencontres« . Découvrir des êtres à travers des lieux.

Le Prêcheur, c’est la dernière commune que Khris a découvert en Martinique. Ses premiers pas sur cette terre se feront pour le clip d’Orlane et de Daly « trêve de bavardage » en 2009. Il remporte grâce à ce clip, le prix Sacem du meilleur vidéo clip (seul prix décerné à ce jour pour un clip). Il est en repérage pour son film Nanny (film qui remportera 3 récompenses internationales dont les éloges du jury international). Et c’est un véritable coup de coeur pour cette commune du nord de l’île. Il faut dire que Khris a une histoire particulière avec cette commune. Son père qu’il n’a pas connu est originaire de cette ville. Doit-on y voir un lien surnaturel de l’ordre du divin? Il a envie d’y croire. Nous sommes reliés à des gens, à des lieux que nous ne connaissons pas mais qui arrivent à vous bouleverser de par leur force d’attraction, pense-t-il. Et il a sûrement raison parce que cette ville lui portera chance à travers tous ses films.

Le Prêcheur pour Khris, c’est aussi une question d’humanité, de population, de générosité. Les gens de cette commune lui ont fait confiance et l’ont accueilli les bras ouverts. Et ce mec, c’est un homme fidèle. Donc c’est normal pour lui de revenir pour chacun de ses films. Alors oui, on parle business, mais lui parle surtout avec le cœur. Et son cœur a choisi le Prêcheur.

Mais parler avec son cœur, c’est aussi prendre le risque d’être blessé. Et malgré cette assurance qui émane de lui, c’est un mec qui pendant longtemps a été bourré d’incertitudes et de peurs. Peur d’être déçu, d’être trahi, d’être seul. Des peurs qu’il m’avoue, ont sûrement contribué à lui faire perdre de nombreuses et belles occasions de vivre des choses fortes. Mais finalement quoi de mieux que de les affronter pour pouvoir en guérir ? Sa thérapie ? Les transposer sur grands écrans. C’est sa façon à lui d’aller de l’avant.

Khris grandit sans l’image paternelle. Comme dans de nombreuses familles antillaises, sa mère fait office de père et de mère avec tout ce que cela engendre : une mère ultra protectrice, forte, sévère. La peur d’être abandonné à nouveau le poursuit jusqu’à, il y a très peu de temps. Dans Nanny, il évoque « ses démons ». Elle se retrouve seule dans la forêt et est confrontée au diable (ses propres peurs). Mais sa grand-mère est là pour veiller sur elle, un peu comme sa mère la fait avec lui.

C’est aussi cette image rassurante qu’à l’anse Céron pour Khris. Quelque chose de réconfortant. Ici, il est un peu comme chez lui. Nous nous promenons à travers ce jardin luxuriant. Il y a quelque chose de féérique ici. On s’y sent bien. J’ai cette sensation d’être en harmonie avec ce lieu. C’est d’ailleurs de cette façon que Khris choisi ses acteurs. En fonction du feeling. Et pour les plus chanceux, il crée carrément des histoires pour ces personnes qui le touchent. C’est le cas pour Gloria (Nanny) et Vincent (Society) (ses acteurs fétiches) Encore et toujours une histoire de cœur…

 

 

Tout à coup, le temps s’arrête. C’est un moment suspendu. Nous sommes en face du Zamana… J’en ai le souffle coupé. Il se dresse de tout son être majestueusement devant nous. Ses branches nous enveloppent. Son aura nous transperce. Je comprends le choix de Khris pour cet arbre. Il est aussi beau qu’il est impressionnant. Voir effrayant. Au fond, comme l’est Mr Burton. Ses films ont ce coté dramatique et sombre qui reflètent un peu l’âme de notre réalisateur. Mais pour lui, le seul point commun de tout ses films et qu’il y a toujours une histoire entre deux personnes. Un partage, un échange.

 

 

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C’est aussi sa démarche quand il réalise des clips. C’est d’abord un échange avec l’artiste. Son dernier clip avec Widia, il l’a fait au feeling. Avant tout une question de confiance. Faire une réalisation, c’est s’inscrire dans le réel avec ses acteurs. Il faut simplement suivre son instinct et avoir confiance en soi et en eux. Nous avons tous un génie qui sommeille en nous. Ce génie du cinéma, n’a pas toujours été en lui. Petit, il voulait être gendarme. Nous sommes loin de l’uniforme me direz-vous. Il voulait déjà, à l’époque, se sentir utile. Aujourd’hui, c’est chose faite grâce à ses réalisations. Inspirer les générations à venir. Être un exemple. Motiver à travers ses films. Ce déclic, il l’a eu il y a à peine 2 mois. « Je veux aider les gens. C’est mon but dans la vie » me dit-il avec ce sourire timide qui le caractérise. Comme si ce rêve était un peu utopique dans le fond. Son âme d’enfant, il l’a toujours gardé. D’ailleurs selon lui, c’est important pour être un bon réalisateur et un adulte accompli. Il n’a pas peur de rêver. Au contraire, il en a besoin pour son art. FullSizeRender-21

Il crée Darers Film avec la productrice guadeloupéenne Linda d’Alexis. Ses peurs reviennent à la charge, mais il fonce. C’est un passage obligé pour exposer son travail. Alors il ne lâche rien. Il m’avoue que ça a été très compliqué de créer sa structure, mais que si c’était à refaire, il le referait sans hésiter parce que depuis, il n’a jamais été aussi heureux de sa vie. Être son propre patron c‘est aussi avoir la possibilité de réaliser des histoires qui lui parlent et qui parlent aux Antillais. Que nous puissions enfin nous identifier à des personnages, à des histoires de chez nous. Et qui de mieux que des Antillais pour parler d’autres antillais ?

Khris Burton est synonyme d’excellence dans le monde entier. Récompensé pour « Nanny » (3 récompenses internationales), pour « Maybe another time » (prix du public, prix du film le mieux noté 4,9/5 et le prix Eloge du jury) Et son prix Sacem pour le clip d’Orlane. Pour lui, son excellence provient d’abord de son complexe d’infériorité. Il doit être le meilleur à défaut d’être beau. Et seul le travail et l’ambition lui ont permis d’atteindre ce niveau. La notion de sacrifice n’existe plus. Son travail, c’est sa vie. Aujourd’hui, les choses sont différentes. Il prend le temps de vivre et de profiter des siens. Il n’est plus dans cette quête de perfectionnement à tout prix. Il veut simplement être utile aux autres et faire découvrir son île, cette petite île qui lui est si chère.

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Nous poursuivons cette journée par un déjeuner au restaurant de l’anse Céron. Des saveurs locales revisitées. Un pur délice. Les confidences sur nos vies privées, nos rêves, nos projets, nos ambitions accompagnent ce repas. L’un de ses rêves serait de réaliser un long-métrage. Un film qui ressemblerait peut-être à Interstellar (film qu’il aurait adoré avoir réalisé). Des rires ponctuent nos phrases. L’heure du départ à sonner. Dans la voiture, un mix rnb old school nous accompagne. Les rires ont laissé la place au silence. Nous apprécions le moment. Un coup d’œil sur la droite, il s’est endormi. Et là, je réalise que je compte parmi mes amis un très grand homme qui j’en suis persuadée marquera l’histoire…

Thia Brownsugar